Lettre du dimanche · 28 juillet 2024
Syndrome de l’imposteur : aller-retour
J’ai débuté cette newsletter il y a 4 ans - et je vous écris cette semaine la 200ème. 200 fois que je me lève aux aurores le dimanche matin, alors que vous dormez encore sur vos deux oreilles.
Longtemps je n’ai pas beaucoup aimé le dimanche, qui sentait dangereusement l’ennui. Enfant, il fallait essentiellement que j’assiste à la messe puis que je passe la journée en famille, avec les uns ou les autres de mes très nombreux cousins. Avant de retourner ensuite à l’école le lundi. Ça n’avait rien d’excitant. J’habitais à la campagne, et nous vivions en fonction des saisons.
Campagne, saison, cousins, pique-niques, ce sont des mots qui font soupirer de nostalgie beaucoup de femmes et de mères aujourd’hui. Et pourtant, moi, je ne désirais que la ville. L’aventure. Le mouvement, la surprise. Cette vie campagnarde me semblait épuisante à force d’être monotone. Depuis, j’ai beaucoup changé et la société a beaucoup changé aussi. J’adore toujours autant les chemins et la forêt - j’adore marcher, sous le soleil et sous la pluie - mais ce rythme régulier et prévisible des champs et des vaches ne me convient décidemment pas.
Je n’étais pas faite pour vivre dans les traditions. J’ai besoin d’insécurité, de défis et surtout de complexité. Mais j’ai quand même réussi à publier 200 lettres. C’est une victoire sur moi-même. J’ai dompté mon syndrome de l’imposteur. Pas celui d’écrire, ce que j’ai toujours fait professionnellement parlant, mais celui de m’y tenir.
De poursuivre, de répéter. De créer une routine. De me renouveler. … De construire quelque chose, avec vous comme partenaires. On dit toujours qu’écrire est une affaire solitaire. Mais c’est faux : c’est une activité à deux.
Mes doigts, vos yeux. Vos doigts, mes yeux. Votre parole et la mienne. Grâce à vous, je suis sortie de l’ennui du dimanche. J’en ai mis, du temps. Mais ces moments avec vous m’ont permis de restructurer les heures, les jours, les semaines et les années. Un petit rien cumulé avec un autre, et un autre encore, ça finit par produire une vie bien remplie.
Je suis heureuse de vous accompagner sur demande, de vous écouter, de vous répondre. De vous donner des idées, des motifs d’énervement et des raisons d’espérer. Vous savez, en fait, je suis contente de vieillir avec vous. Je trouve ça cool. C’est beaucoup mieux que de vieillir toute seule.
Véronique

La lettre du dimanche
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