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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 26 mai 2024

Les deux Atlantiques

J’ai toujours préféré la géographie à l’histoire. L’histoire dépend beaucoup trop, à mon goût, de la personne qui la raconte, et des idées à la mode. De ses préférences, de sa culture. Et puis des indices qui n’ont pas disparus, ou de ceux qui sont sortis de nulle part pour combler les trous.

L’histoire est subjective. La géographie, elle, se vérifie de nos propres yeux. Il suffit d’aller voir sur place. La couleur des montages, le sens des rivières, la force du vent, tout cela fabrique nos environnements, donc nos coutumes - et beaucoup de nos mœurs.

Je suis toujours ici tout près de Boston (oui, la cérémonie de remise des diplômes était très chouette, je répondrai la semaine prochaine à toutes celles d’entre vous qui m’ont écrit) et je suis frappée de constater combien de part et d’autre de l’Atlantique, le long des mêmes sables et des mêmes dunes, la vie est différente.

On ne s’épanche pas sur la beauté du coucher de soleil sur la mer – ici le soleil se lève à l’horizon des flots. Pas de forêts de pins le long des plages, mais des routes grouillantes et des arbres gigantesques qui s’embrasent à l’automne sous l’effet de la différence des températures entre le jour et la nuit.

Des bâtiments en briques dans les centres-villes, comme en Angleterre, et ces maisons si jolies en bois peint que l’on retrouve partout dans ce pays. Les étudiants pullulent, un peu comme les retraités à Nice, ce qui donne une atmosphère à la fois relax, intellectuelle et éclectique.

En plus cette semaine, les remises des diplômes des multiples universités ont déversé des familles entières d’immigrants de première, deuxième et troisième génération, Indiens en sari, Africains en boubou, Mexicains parés d’un plaid multicolore, Américains en tee-shirt.

Quand on vient célébrer le diplôme de son rejeton sortant de MIT ou de Harvard, on veut que le monde entier sache d’où l’on vient. Les distances que l’on a franchies. L’ambition dont on a fait preuve. Le courage qu’il a fallu extraire de son corps. La discipline que l’on s’est imposée – surtout pour dompter ses émotions.

Les sacrifices que l’on a faits, comme ne manquent jamais de le rappeler les gens d’ici, qui en connaissent un rayon sur le sujet. L’humilité et la fierté se dévoilent en même temps. On se sent à la fois tout petit et très grand.

Peu de situations font en sorte que les peuples du monde entier se côtoient ainsi, sans folklore, pour célébrer la connaissance et la reconnaissance. On se croirait sur les bancs de l’hémicycle des Nations-Unies, lorsqu’une résolution va peut-être voir le jour. Ce sont des moments où l’on se sent universel, où l’on trouve un lien dans ces géographies disparates, antagonistes, arides, si difficiles à comprendre et à manier quand il ne s’agit pas de nos propres racines.

Véronique

Illustration de la lettre « Les deux Atlantiques »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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