Lettre du dimanche · 12 mai 2024
Clin d’œil du matin
J’ai avalé récemment une bonne dose de livres féministes, pour parfaire mon éducation sur le sujet, et je vois bien qu’il est grand temps que j’arrête. J’adore penser que les femmes possèdent, ou doivent trouver le cas échéant, la même quantité de pouvoir que les hommes, mais sur un terrain qui n’appartient qu’à elles.
Pourquoi est-il si nécessaire de proclamer que seules les capacités reproductives nous différencient, quand celles-ci influent tellement sur notre vie ? Je comprends que les humains sans enfants, femmes ou hommes, veulent (ou devraient vouloir) être identiques. Mais les mères, tant qu’elles portent et élèvent leurs enfants, sont différentes : leurs actes, leurs pensées, leurs émotions, leurs relations le sont.
Nécessairement. Et ça n’est pas une calamité. J’ai grandi à la campagne où, je vous l’ai déjà dit, il y avait beaucoup plus d’animaux que d’humains. Nous comparer aux animaux, sur un plan biologique, est peut-être tout à fait vain, mais cela me vient systématiquement à l’esprit.
Cet appel de la « nature » au printemps, autrement dit de la biologie qui décide de tout le fonctionnement de toutes les cellules de nos corps et qui pousse à l’attraction sexuelle, est fascinant.
Le cycle implacable de la vie, de la reproduction et de la mort n’a peut-être lieu que parce que les animaux ne laissent pas de traces (si j’ose dire). Pas de livres, pas d’entreprises, pas de théories qui leur survivent. Ils ne peuvent que fabriquer des petits pour poursuivre leur espèce, à l’identique d’une génération sur l’autre, sur des milliers d’années. Ils sont enchainés à leurs hormones, tandis que leur cerveau est secondaire.
Nous, on a une grosse tête. On est intelligent ! On veut, et on peut, autre chose : être identique d’un sexe à l’autre, mais différent (on dirait plutôt « plus évolué ») d’une génération à l’autre. A fortiori d’un millénaire à l’autre. Ce que nous construisons finit pas être plus important, plus puissant que la somme des cellules qui nous composent.
La nature finira peut-être par ne plus beaucoup compter dans nos corps. Nous maitrisons déjà le fait de ne pas avoir d’enfants, ou d’en avoir alors qu’on ne peut pas concevoir. Un jour, on supprimera les règles, la ménopause et les grossesses, sources de la pénibilité féminine.
Tout cela est probablement délocalisable, quand on y pense, même si ça n’est pas encore exactement pour demain. Les hommes pourront nous ressembler et se comporter comme nous. Et réciproquement. Et dans ces conditions, on peut supposer que nos corps ne développeront plus d’organes sexuels.
Des extra-terrestres qui débarqueraient ne pourraient plus nous distinguer, et devraient fouiller les cimetières pour découvrir que nous avons été, longtemps avant, deux faces d’une même espèce !
Mais voilà. Je ne suis pas sûre de vouloir être comme les hommes. Je trouve que les femmes ont leurs avantages. J’aime bien que l’on soit différents. Que nos talents, naturels ou appris (imposés, diraient les féministes), ne soient pas les mêmes. J’aime bien que l’on ait besoin les uns des autres. Que l’on ne puisse pas tout faire soi-même. Que l’on ne puisse pas tout « être » soi-même.
Que nous devions sortir de nous-même, nécessairement, pour nous reproduire, et pour construire une communauté. Il y a à boire et à manger dans les textes féministes, pris au sens revendicatif du terme, mais après tout, on peut bien y mettre notre patte nous aussi.
Véronique

La lettre du dimanche
On continue dimanche ?
Chaque dimanche matin, je vous écris sur nos vies après 50 ans. Sur ce qui m’arrive personnellement... sur ce qui nous arrive collectivement.
D’une lectrice à l’autre
Vous pensez à quelqu’un ?
Faites-lui plaisir et faites-lui découvrir Les Nouvelles Femmes !