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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 31 mars 2024

Drôle d’époque

Je viens encore de passer deux semaines chez mes parents et cette fois c’est fait : ma mère est entrée définitivement à l’Ehpad. Elle s’y plait, ce qui nous rassure beaucoup. Elle a des copines, des activités de toutes sortes, de bons menus et une chambre individuelle (à 82 ans, elle n’a jamais habité seule). On voit bien que cela lui fait du bien – malgré la maladie qui ne cesse de l’envahir. La séparation a été très dure pour mon père, déchiré par des émotions contradictoires allant du soulagement au doute à la culpabilité…

J’ai été frappée cette semaine, une fois de plus, par le ton dramatique de l’actualité. On a l’impression que l’on évolue dans une atmosphère de fin du monde (et en plus Donald Trump gagne des milliards avec un site Internet bidon rempli de fake news, ce qui n’arrange rien à mon humeur de femme bi-culturelle).

En fait, les chercheurs ont bien repéré cette passion actuelle pour la douleur, la victimisation, l’autoflagellation. Depuis la pandémie, on a vu des jeunes, surtout des garçons, sombrer dans des dépressions intenses, voire invalidantes. L’emprisonnement leur a causé du tort, et pour longtemps. La possibilité, ou plutôt la nécessité physiologique, de courir après les filles et de s’exprimer sexuellement a été coupée nette. Pendant ce temps, celles-ci ont profité de cette période d’isolement pour reconsidérer leur rôle et dénoncer les violences que leurs mères ont subies. Ces confinements ont éteint la face animale des jeunes, quelles seront les conséquences ?

Je me demande toujours si ces mouvements sont ponctuels et s’ils se résorberont d’ici une génération, comme ceux de mai 68, à l’origine de la libération du plaisir sexuel et d’une permissivité perçue désormais comme étant malsaine et vicieuse… précisément par nos garçons et nos filles de l’époque Covid.

Que restera-t-il des élans d’angoisse pour l’environnement, le changement climatique, l’intelligence artificielle, les dictatures en puissance ? Sommes-nous à la veille d’un effondrement du monde, ou plus simplement trop poreuses aux émotions individuelles déversées sur les réseaux sociaux et très largement reprises par les médias qui en font leur beurre ?

Les études démontrant l’état dépressif de la population abondent. Pourtant certains auteurs notent que chaque génération a ses mouvements de panique. Les collectivités aiment frémir, cela maintient leur cohésion. C’est notre façon de sauter les marches de la vie. Et comme on innove de plus en plus, et que l’on en paie les conséquences de plus en plus, les marches paraissent de plus en plus difficiles à franchir.

A propos d’innovation, il me semble que nous vivons le couple en fonction de l’évolution des techniques, car celles-ci imprègnent et transforment nos quotidiens. Les mœurs s’adaptent ensuite.

La société change, c’est troublant, déstabilisant. Aujourd’hui, l’amitié et ses valeurs (respect, individualisme, détachement) connaissent une explosion chez les jeunes, tant le sexe semble risqué et dangereux. Pas un des révolutionnaires de mai 1968 ne s’attendait à ça…

Véronique

Illustration de la lettre « Drôle d’époque »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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