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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 10 mars 2024

Allers-retours

Ce matin il pleut à torrent à Nice. Je suis rentrée hier soir d’un long séjour chez mes parents (4 semaines), précédé d’un autre en décembre/janvier. Et j’y retourne dans une semaine, pile.

J’ai l’impression d’être rentrée vivre chez eux à plein temps. On attend une place permanente à l’Ehpad pour ma mère. En pleine campagne, il y aura forcément un ou deux mourants qui vont libérer leur chambre bientôt : chaque jour, le journal local mentionne le décès d’un voisin, d’une cousine, d’une relation que mes parents ont fréquenté dans leur jeunesse - ils n’ont jamais quitté leur territoire depuis leur mariage.

On attend que mon père se remette de plusieurs séjours à l’hôpital. Ils ont des aides, c’est à dire des aides-soignantes, des infirmières et les programmes sociaux qui les financent.

Le système français privilégie le maintien à domicile, ce qui signifie qu’une fois qu’on a compris comment naviguer entre les différentes instances (publiques, associatives et privées), on peut, pour un coût modeste, s’appuyer sur le calendrier savant de ces personnes qui passent matin, midi et soir, jamais les mêmes, pas souvent à la bonne heure et pour de multiples missions différentes, mais toujours gentilles et souriantes. Mais vu le stress que tout cela occasionne, mieux vaut avoir un œil aux aguets. Et même deux.

La maison de mes parents aujourd’hui, c’est un mini-Ehpad, où l’on parle principalement de pilulier, de protections (les couches c’est pour les bébés, les serviettes c’est pour les femmes qui ont leurs règles, les protections c’est pour les vieux) et de si on va manger ou pas, et quoi et surtout comment. C’est un aller-retour. Ils se sont occupés de moi, je m’occupe d’eux.

C’est triste de les voir ainsi, mais apaisant de comprendre comment ils vieillissent, dans quel ordre. Le vivre au quotidien est bien plus facile et bien moins sinistre que de le vivre à distance. Ce qui m’a le plus manqué, c’est de voir des adultes non malades, d’avoir des conversations sur autre chose que leurs boyaux, leurs médecins, leurs ordonnances.

Dans le train du retour, je me suis mise à parler avec tous les voisins. Il y avait cette jeune mère d’un bébé de 8 mois, Noémie, adorable adorable adorable. Et ce très jeune couple voyageant avec son chat… et un nourrisson de 23 jours, prénommée Eve. Quelle différence entre un bébé de 8 mois et un autre de 23 jours, c’est hallucinant.

Comme on grandit vite. Comme on vieillit vite. Mes parents ont été de jolis bébés, ces petites filles seront de dignes vieillardes, un jour, j’espère pour elles. Les allers-retours en train. Les allers-retours de la vie. Un jour ça sera notre tour, aussi.

En attendant, le soleil va forcément se remettre à briller, et il faudra en profiter pour faire sortir et voir le monde.

Véronique

Illustration de la lettre « Allers-retours »
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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