Lettre du dimanche · 24 décembre 2023
Le menu des souhaits
On fête Noël aujourd’hui, avec un jour d’avance, chez mes parents absents (l’un est à l’hôpital, l’autre à l’Ehpad). Mais pas question de prendre ça à la légère. Tout le monde est venu pour l’occasion, on fera (enfin, je ferai – ou plutôt, j’ai déjà commencé à faire), tous les plats traditionnels familiaux.
J’ai déjà raté la crème au beurre de la bûche, comme chaque année. Nous, on ne mange que de la bûche ratée, c’est notre spécialité. D’habitude, le beurre tourne, cette fois il est trop liquide.
J’ai arrosé le gâteau avec et j’ai mis le tout au congélateur pour une nuit, on va voir le résultat ! J’ai rêvé cette nuit que j’allais émietter des meringues dessus, histoire de renouveler le genre. Ça va être une bûche déstructurée, pour un Noël déstructuré – mais tous les ingrédients y seront quand même.
Le chapon cuira pendant 3h30, le gratin dauphinois deux fois moins, tout ça est rodé depuis des lustres. Mais bon sang, je n’ai pas pensé aux cadeaux ! Les cadeaux du moment, c’est aller voir chaque jour mon père à l’hôpital (il s’est fait opéré du genou) et ma mère à l’Ehpad (elle attend qu’il revienne à la maison pour revenir elle aussi).
Question cadeau, je n’aime que les surprises. Pour moi, c’est vraiment l’intention qui compte, tout me fait plaisir, surtout ce que quelqu’un a pris la peine de concocter. Mais je suis un cas : les statistiques montrent que les meilleurs cadeaux (les plus appréciés) sont ceux que l’on a commandé. Un cadeau au XXIème siècle, c’est recevoir ce que l’on veut.
En y réfléchissant, je me demande si je ne devrais pas commander un truc que j’apprécierais beaucoup, moi aussi. Par exemple un magnifique diner entièrement fait maison, à base de fruits et légumes comme j’aime, avec une chorale composée de toutes mes amies, qui chanteraient des airs qui nous feraient rigoler. Ça serait vraiment un super cadeau !
Le cadeau d’être ensemble, et de ne pas s’en faire.
Bon, je pense à vous toutes à distance, pour ce Noël en avance. Je pars commencer une journée intensive de cuisine, pour tâcher de restructurer non seulement la bûche, mais toute cette vie familiale qui s’étiole jour après jour – mais qui demeurera réelle jusqu’à la dernière seconde. Et sans doute bien après : je suis certaine que je ferai une bûche chaque année jusque dans mon grand âge.
Pourquoi changer une recette qui rate si bien et que tout le monde adore ?
Véronique

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