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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 19 novembre 2023

Tenir de sa mère… ou pas

Je ressemble à ma mère comme deux gouttes d’eau, mais je ne me suis jamais sentie très proche d’elle. On a des émotions divergentes. Quand j’approche, elle prévient tout le monde : « attention ça va bouillir ! ». Depuis que je suis petite, elle trouve que je parle trop fort, que j’avance trop vite, que j’ai trop d’énergie, que j’en fais trop. Même en fournissant des efforts, elle n’a jamais trouvé assez de place dans son cerveau et dans son cœur pour une fille comme moi (elle m’aurait peut-être plus appréciée si j’avais été un garçon, mais voilà : je n’en suis pas un). Elle, elle est du genre à se recroqueviller, à gémir un peu si nécessaire et à endurer sa peine.

C’est peut-être une question d’éducation. C’est peut-être une question d’époque. C’est peut-être une question de personnalité. C’est peut-être une question de choix. Mais choisit-on vraiment d’agir ou de se contenir, de parler ou de se taire ?

Deux caractères différents dans un corps si semblable, c’est étrange à vivre. Je viens de passer deux semaines avec elle, et je m’efforce d’inventorier tout ce qu’elle m’a léguée (alors que dans quelques semaines elle va partir vivre à l’Ehpad) : un certain pragmatisme, le sens de l’ordre, la modestie campagnarde (même si je ne fais pas preuve d’humilité en ayant choisi de créer un blog autour de ma génération), la fierté de faire son devoir (quel est mon devoir ? Je me pose la question dans tous les sens).

Ma mère n’a pas été élevée pour se mettre en avant. Ni pour se réaliser. Ni pour s’interroger sur le sens de la vie, l’intérêt du changement, les retombées de l’action collective ou le fond de la personnalité de ses enfants.

Tout ça, ce sont des questions qu’elle ne s’est jamais permis d’aborder tout haut (peut-être tout bas ? Même en prêtant l’oreille, je n’ai rien entendu de tel). Elle ne se demande pas pourquoi on fait ça ou ça, mais comment on le fait, et surtout si ça vaut le coup de s’y pencher. Elle a un vrai sens de l’utilité et elle reconnait automatiquement le cadre dans lequel elle peut s’épancher : un cadre concret, simple, bien tracé, avec un impact direct.

Sans débordement, de quelque manière que ce soit – surtout émotionnels. Sans ambition intempestive. Sans démonstration affective inutile (à quoi ça sert ?). Ma mère n’est pas froide : elle est sobre. Elle trouve que c’est suffisant, que c’est juste et que c’est respectueux. Elle accepte son sort et se contente de ce qu’elle a… Donc on doit se contenter de ce qu’elle donne.

J’ai toujours trouvé ça dur. Je ne sais pas comment vous êtes, mais moi il me faut beaucoup d’amour, en donner et en recevoir, même si ça n’est pas écrit en grosses lettres dessus. J’ignore pourquoi, mais je trouve que c’est un sujet qui compte, que la délicatesse ou la force des sentiments est merveilleuse, et que tout cela n’a rien de tabou.

Je n’ai pas d’embarras avec l’amour, ni pour le ressentir, ni pour l’exprimer. Enfin je n’en ai plus, surtout depuis que je suis mère. La vérité, c’est que j’ai adoré être mère, beaucoup plus qu’être fille. Comment être sûre que l’amour maternel que l’on projette est bien celui qui est attendu ??

Je vous laisse sur cette drôle de question pour partir faire le tour de Nice. C’est ma balade du dimanche matin quand tout le monde dort encore : admirer le soleil se lever sur la Méditerranée tout en vous souhaitant en pensée un bon petit déjeuner, un super dimanche et une excellente semaine !

Happy Thanksgiving to my American readers! Et pour préparer les fêtes en beauté, je vous remets cet article sur le régime MIND qui protégerait notre intégrité cognitive. Oui, ma mère a une démence, et je fais tout pour m’en préserver. On verra bien…

Véronique

Illustration de la lettre « Tenir de sa mère… ou pas »
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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