Lettre du dimanche · 29 octobre 2023
Changement d’heure + Olivia
Je me suis levée trop tôt, vive le changement d’heure ! Et je me demande quand Olivia va se réveiller – quoiqu’elle ait dû avoir la meilleure nuit de sommeil de sa vie. Oui, depuis deux jours, nous avons une petite fille de 14 mois à la maison, Olivia. Nous avons aussi les parents, très sympas par ailleurs, bien que moins fascinants à observer. Olivia a fait ses premiers pas hier, dans mon salon, moment absolument historique !! Et depuis elle a dû faire des kilomètres. Elle a compris le truc. Et elle l’a appliqué scrupuleusement, pas après pas, sous les applaudissements, sans se fatiguer, visiblement très contente d’elle.
Sa mère est mexicaine, son père est roumain, ils parlent anglais entre eux et maitrisent très bien le français. Olivia les imite sans complexe, moitié gazouillis moitié charabia, avec des sons qui provienne du fin fond de son être. Elle a d’immenses yeux qui roulent dans tous les sens, et une bouche super rigolote qu’elle utilise même sans parler – c’est fou comme on perd cette mobilité de la bouche quand on grandit. On apprend à se taire. On apprend à sourire, à pleurer, à déclamer, à exposer, à rire, mais on oublie d’ouvrir grand la bouche pour s’exprimer. On ne veut pas avoir l’air d’un poisson.
Quand elle attrape un de ses livres, Olivia se contorsionne tout le visage et tout le corps et devient une fillette élastique, accompagnée dans son geste par tous ses muscles, même les plus inutiles. Elle ne sait pas encore qu’elle n’a pas besoin de tordre son pied gauche ni de mettre la langue dans son nez pour appuyer sur le petit bouton qui fait chanter la quatrième page du livre (ainsi font, font font les petites marionnettes…).
Elle adore que je lui parle français, et que je chante en même temps (j’ai beaucoup ,beaucoup répété « les petites marionnettes », hier). Je suis la seule dans cette maison à avoir un accent qui ait l’air local, elle me regarde comme si j’étais une dame de la crèche. Elle pousse ces petits cris suraigus, qui sont drôlement parlants, littéralement, puisque sa mère lui répond à la seconde.
Je me demande bien pourquoi on se force à parler le roumain, le français, l’anglais et le mexicain, alors qu’il suffit de pousser des petits cris pour se faire obéir. Il va falloir que je me penche sur le sujet. Et si on arrêtait de parler ? Et qu’on se mettait à glapir ? A miauler, à rugir, à braire, à coasser, à hululer ? Olivia fait ça très bien, je vous assure. Moi aussi, des fois, je voudrais hennir comme un zèbre pour tâcher d’activer mon troupeau
Peut-être, finalement, qu’on pourrait sortir efficacement de l’invisibilité, nous les quinquas, en reprenant nos dialogues de bébés, ceux où on pouvait dire tout ce qui nous passait par la tête tandis que l’entourage nous couvait des yeux avec amour et admiration ?
Pensez-y, vous qui avez fait la grasse matinée.
Véronique

La lettre du dimanche
On continue dimanche ?
Chaque dimanche matin, je vous écris sur nos vies après 50 ans. Sur ce qui m’arrive personnellement... sur ce qui nous arrive collectivement.
D’une lectrice à l’autre
Vous pensez à quelqu’un ?
Faites-lui plaisir et faites-lui découvrir Les Nouvelles Femmes !