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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 15 octobre 2023

Dans ma maison

Choisir son foyer, c’est choisir sa vie et ceux qui la peuple. J’ai évoqué récemment l’environnement dans lequel on vit, le milieu ambiant, le climat, etc. Aujourd’hui je reviens sur le sujet, mais cette fois pour évoquer notre chez-nous, notre antre, notre caverne. Là où on dort, où on dine, où on souffle, où on pleure, où on rêve.

Si on ne peut pas être à l’aise à domicile, alors il y a des chances pour qu’on se sente comme une ermite, continuellement un peu déracinée, jamais vraiment à sa place. Même si nous seules possédons les clés. Il nous faut un endroit où attendre paisiblement les premiers rayons du matin, ces amis qui viennent de si loin, de l’au-delà, mais qui pénètrent par la fenêtre de la cuisine – ils n’ont jamais compris qu’il y avait des portes. Mais quelle joie quand il nous caresse : le soleil nous a reconnu ! Il aime bien nous retrouver, et nous aussi. C’est pour cela qu’il scintille. Et nous aussi.

Et ces étoiles que l’on aperçoit quand on revient du garage, elles non plus ne nous ont pas oubliées. Elles viennent chaque soir nous cligner de l’œil et elles nous murmurent : oui, vous êtes bien chez vous, oui, nous sommes là nous aussi, tout va bien – c’est l’heure de se reposer.

Le ciel s’occupe de nous, en enrobant tout notre espace de sa tendresse, de sa sévérité, de sa luminosité, de son obscurité. Quand on choisit sa demeure, il faut bien penser à la façon dont le jour et la nuit vont pouvoir s’installer eux aussi. S’ils se sentent bien, alors nous coulerons ensemble des jours heureux. Il y a aussi les arbres. Les arbres adorent qu’on les regarde, ça les rend plus beaux. Ils parfument l’atmosphère, ils se balancent de joie sous une petite brise – un rien les anime. Ils font tout pour qu’on les remarque, ils invitent les moineaux pour égayer nos oreilles, c’est touchant.

D’ailleurs ils perdent leurs feuilles exprès, juste pour qu’on soit obligées de penser à eux tout l’hiver. Plus on pense à eux, plus ils renaitront beaux et fiers – ça n’est pas si bête comme système. Les arbres sont drôlement malins.

Les fleurs aussi, et les mouches, et les pigeons, et les passants, et même les vélos : ils passent leur temps à nous dire que la vie palpite, que l’air circule, que le temps ne s’arrête pas encore pour nous, que nous ne sommes pas ces morts qui peuplent toutes les télés du monde. Pauvres gens. Mais ça n’est pas encore notre heure. Nous devons poursuivre. Continuons à les regarder, ces arbres. Contemplons-les plus que jamais. Car qu’est-ce qu’ils deviendraient, sans nous ? Ils seraient très tristes et très inutiles, j’en suis tout à faire sûre.

*********************** Je cherche une nouvelle maison, maintenant que je suis décidée à rester à Nice. Il me faut un foyer sûr, un foyer qui sente bon, un foyer qui capte la lumière des saisons futures, celles où je vais vieillir.

Oui, je veux vieillir. Alors je regarde les arbres, bien avant de regarder la taille des salles de bains et l’état du parquet. Et c’est réciproque : je sens bien qu’ils m’observent, eux aussi. Ils veulent savoir qui est mon mari, quand revient mon fils, si mes amies sont heureuses. Ils vont discuter avec le soleil et avec les étoiles pour savoir comment occuper l’espace. J’en suis tout à fait sûre.

Je leur fais confiance. Ils resteront là longtemps après moi, après tout.

Véronique

Illustration de la lettre « Dans ma maison »
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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