Lettre du dimanche · 17 septembre 2023
Ils partent, on reste
J’aime beaucoup apprendre, mais je suis lente. Il me faut lire des tas et des tas d’articles et de livres sur les sujets qui m’intéressent pour vraiment les maitriser. Mais une fois que j’ai compris, c’est comme si je les avais digérés : ils font partie de moi, de mon corps, de mes réflexes.
Je suis absolument perplexe devant le fait que la fin de l’école et des études nous pousse dans une situation où l’on doit soi-même poursuivre une sorte d’apprentissage. Travailler aide, bien sûr, mais ça n’est pas du tout suffisant. Il n’y a pas de programme officiel, ni officieux, pour le bien-vivre, la compréhension du monde, la confiance dans l’avenir. Il serait tellement tentant de suivre un modèle écrit par une personne supra-brillante, mais je n’ai rien trouvé d’approchant dans la littérature.
Il y a tellement de choses sur lesquelles je me sens encore débutante. Mais pas tout. A force de lectures, de réflexions, de conversations et de multiples essais pratiques, je suis devenue assez constante dans ma façon de manger, de faire du sport, de prendre soin de moi, d’écrire. Il m’a fallu un temps fou.
Ça va pour les grands changements de vie comme pour les plus petits détails. Par exemple, je sais depuis des lustres qu’il faudrait utiliser le fil dentaire chaque jour (pour éviter les AVC, par exemple) mais je me suis contentée de le faire une fois de temps en temps pendant des années. Puis je me suis forcée à trouver du temps dans son quotidien, pour ajouter cette chose à la place d’autre chose.
Si je commence à faire du rameur 30 minutes 3 fois par semaine, qu’est-ce que je vais enlever ? Qu’est-ce que je vais faire pour que ces 30 minutes soient super, que j’ai envie d’y revenir, que j’ai ce sentiment en sortant que « ça valait vraiment le coup », que ça me manque si je n’y vais pas ?
La seule chose qui me guide, en fait, c’est le plaisir que j’en retire. Le plaisir que ça marche. Et le fil dentaire m’incite à sourire – si si, je vous assure. Je me demande bien ce que le rameur va me faire découvrir.
Je me pose continuellement ce type de questions. Je suppose que j’ai encore plein d’années avant de me lasser. Le désir de comprendre et de progresser est plus fort que moi.
Bon, cette semaine je vous ai écrit un texte sur un tout autre sujet : le départ des enfants et le contre-coup qu’il provoque. Je réalise que ce sentiment peut être proche de celui de la perte d’un parent, d’un proche.
Le départ des enfants, c’est le franchissement de la ligne d’arrivée de la famille. Qu’est-ce qu’il y a derrière ? Avant de passer à autre chose, il faut passer cette étrange étape d’apnée, de flottement, de manque d’air.
On dit (enfin, les hommes le disent) que le sexe, c’est une petite mort. Moi il me semble bien que le départ des enfants, c’est une autre petite mort. Une mort bien réelle, mais de courte durée. Celle des mères.
Véronique

La lettre du dimanche
On continue dimanche ?
Chaque dimanche matin, je vous écris sur nos vies après 50 ans. Sur ce qui m’arrive personnellement... sur ce qui nous arrive collectivement.
D’une lectrice à l’autre
Vous pensez à quelqu’un ?
Faites-lui plaisir et faites-lui découvrir Les Nouvelles Femmes !