Lettre du dimanche · 23 juillet 2023
Clim ou pas clim ?
Je me souviens la première fois que j’ai débarqué aux Etats-Unis. Il y avait des lave-vaisselles partout, y compris dans les logements pour étudiants. Et il y avait autant de lave-linges, immanquablement accompagnés de sèche-linges. Et la clim ? Partout (enfin, partout où il fait chaud l’été). Et il n’y avait pas de train, mais des avions à gogo – et des voitures gigantesques, une pour chaque conducteur d’une famille. Comme le permis de conduire, c’est à 16 ans, chaque lycéen avait sa voiture. Ça faisait des tas de bagnoles stationnées devant les maisons.
Je trouvais ça hallucinant. Comment pouvaient-ils payer toutes ces machines et toute cette électricité ? En France, à l’époque, ça nous aurait ruiné direct. On n’avait pas les moyens d’avoir ces équipements. On n’avait pas la place non plus. Donc on se débrouillait avec l’étendoir à linge dans le jardin (je réalise que chez mes beaux-parents californiens, il est interdit de sécher son linge dehors). On utilisait des torchons pour essuyer la vaisselle (et des bassines pour la laver). On ne prenait pas l’avion : pour aller où ? La France, c’est si beau – et en plus on y parle français.
« On n’avait pas de pétrole, mais on avait des idées » (comprendre : on s’arrangeait pour ne pas avoir d’envies démesurées et on s’arrangeait encore plus pour trouver affligeantes les coûteuses habitudes des pays étrangers).
Le temps a passé, la technologie s’est implémentée partout… mais on est restés frileux à l’idée de dépenser cette précieuse énergie qu’on n’a jamais eu en abondance.
Aujourd’hui encore, les appartements de Nice sont souvent dépourvus de clim. Et de sèche-linge. S’ils pouvaient, leurs occupants les achèteraient illico, il n’y a pas de doute (à l’heure matinale où je vous écris, il fait déjà 23°C). Mais comme c’est trop cher à installer ou à utiliser, ils s’en passent. Ils compensent leur frustration en étant fiers de ne pas (trop) contribuer au dérèglement climatique – les médias renforcent le message à longueur de journée, histoire de nous encourager dans cette mission clairement patriotique.
Les Américains montraient leur modernité en exhibant leur confort matériel ? Nous nous vengeons en économisant sur notre empreinte carbone. Ces restrictions longuement subies tournent à notre avantage, au moins sur le plan de notre estime de soi nationale.
Désormais, les Etats-Unis créent les nouvelles technologies qui vont aider à passer le cap des degrés en trop. Et nous, on se perfectionne dans l’art de se serrer la ceinture. Ainsi va la vie. Quand on y pense, chaque culture peut puiser autant dans ses ressources que dans ses manques pour perdurer. Et quand on y pense encore plus, nous aussi, les femmes quinquas, on peut utiliser autant nos ressources que nos manques pour perdurer. (On n’est pas folles : avec ou sans clim, on finira bien par l’essuyer, cette vaisselle !)
Pour lire ou relire mon article de blog sur le bouleversement climatique et les femmes quinquas, « Réchauffement climatique, les quinquas entre crise et espoir »
Véronique

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