Lettre du dimanche · 14 mai 2023
Des questions pour notre époque
Oui, je suis en train d’écrire un livre. Il y en a qui font ça en 15 jours. Moi, je me suis donnée un an… ou plus. J’avance sur des œufs, à pas de fourmi, et avec des papillons dans le ventre. Mais j’ai toujours voulu publier à mon nom, alors je me dis que c’est le moment, quelques années avant de passer la barre des 60 ans… pour ensuite continuer à écrire, le plus longtemps possible. A 60 ans, il y en a qui veulent tout arrêter.
Moi je veux tout commencer : tout ce que je n’ai pas pu faire avant. J’ai la très forte sensation qu’il n’y a rien à perdre, et j’ai la très forte sensation que nous, les femmes de la génération 1960-70, avons besoin d’un bon coup de boost, sur une sacrée longue durée. La durée maximale.
En fait, ça n’est pas écrire qui est difficile (c’est mon métier depuis toujours). C’est créer des idées qui transforment. Se placer continuellement en avance, ou en arrière, ou au-dessus, ou sur le côté. Ou franchement à l’intérieur. Trouver une géographie de mots qui soit éclairante. Dire des choses qui n’ont pas été dites, ou d’une façon différente, sous un angle qui touche, qui dérange, qui stimule, qui pousse à agir.
C’est une vraie responsabilité que d’essayer de verbaliser un morceau de vie sans se tromper, sans induire en erreur, sans faire de fausses promesses. Faire passer un message tranquillement, petit à petit, en espérant qu’un jour, un minuscule bout de notre monde s’en trouvera plus agréable, plus souriant, plus vivable…
Est-ce utile en fait ? Je me pose la question à chaque fois que je poste cette lettre, le dimanche matin Bref. Aujourd’hui, j’ai des questions à vous poser. Oui oui oui, c’est pour m’aider dans l’écriture de ce livre ! Il traitera de notre avenir et notre destin. L’empreinte que nous voulons laisser – ou pas. Toutes ces réflexions, personnelles et collectives, ainsi que ces études scientifiques, interculturelles et sociales qui nous aideront à la préparation du dernier tiers de notre vie.
Ce dernier tiers, ça va être la partie qui est la plus intéressante de notre existence. Car maintenant qu’on a vu ce que la vie était, en vrai, on a très très envie de l’améliorer.
En tous les cas, moi ! Et puis comme il a mauvaise presse, ce dernier tiers, vu que tout au bout du bout il y a la mort, on a du pain sur la planche pour le valoriser, le transformer, l’adapter à notre sauce. Et moi le changement, j’adore (ou plus exactement : je tâche de me convaincre chaque jour que je l’adore !).
Bon, voici mes questions : Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus, juste vous ? Qu’est-ce qui vous intéresse, qu’est-ce qui vous énerve ? Qu’est-ce qui prend de plus en plus d’importance, en bon ou en mauvais ? Qu’est-ce que vous voudriez accomplir, que vous n’avez encore jamais atteint ?
Quels sont les secrets bien enfouis dont vous voudriez vous libérer ? De quoi avez-vous peur ? Qu’est-ce qui vous motive ? En quoi êtes-vous plus forte aujourd’hui qu’hier ? Quel est votre message principal pour celles qui nous suivent ?
Quelle serait la société idéale pour les quinquas comme nous ? Dans 10 ans ? Dans 30 ans ? Finalement, la vie d’une femme de notre génération, c’est quoi ? C’est comment ?
En fait, toutes vos interrogations et toutes vos idées m’intéressent. Alors ça serait super que vous preniez quelques minutes pour y réfléchir et me répondre. Ça m’aiderait drôlement. Vos remarques finiraient par rebondir, par ricochet, sur toutes les autres lectrices de France et de Navarre, n’est-ce pas enthousiasmant ? C’est à nous d’imaginer notre avenir, puisque c’est nous qui le vivrons. Rêvons tout haut, rêvons à foison – après tout, on n’a strictement rien à perdre.
Et si on ne le fait pas, on va encore avoir des dizaines de quinquas/sextas qui vont envahir les journaux et les réseaux sociaux pour se plaindre, regretter leur jeunesse où tout était bien mieux, s’épancher sur la déliquescence du monde et notre déclin personnel – hommes et femmes. Et on va finir par croire de plus en plus à ce qu’ils racontent.
Véronique

La lettre du dimanche
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