Lettre du dimanche · 29 janvier 2023
Nouvelles d’hiverses
Étrange humeur, ce matin. Un peu douce-chaude, suite à une deuxième semaine intense et revigorante de travail sur « mon image professionnelle ». Un peu froide-sèche, en raison de la décision de mon beau-père de sortir sa femme de son Ehpad qu’elle hait, et de la ramener chez eux.
Qui aurait crû que Pôle Emploi puisse m’apporter du bonheur ? Et pas qu’à moi : les 5 autres stagiaires étaient tout autant ravis. Heureux d’être ensemble, de partager nos vies, nos expériences personnelles et professionnelles. Nos doutes, nos succès… notre impression collective d’être décalés, inadaptés, mais notre envie très forte de faire mieux
D’aller de l’avant. Je réalise la progression incroyable de notre vieille ANPE. Je n’y étais jamais allée « auparavant », avant mon départ au loin il y a plus de 17 ans, c’est l’APEC qui m’était dévolue. Mais je ne regrette pas un seul instant d’être repartie de zéro, vierge ou quasiment d’expérience salariée.
Le bilan ? J’en saurai plus demain grâce à un entretien avec notre coach en chef Virginie. Il me semble que le salariat ne sera pas trop dans le paysage. Elle me qualifie « d’artiste-entrepreneuse », est-ce un destin ? En tous les cas je poursuis plus que jamais dans l’écriture et je vais, si j’ose, tâcher de me former, enfin, à ma deuxième passion : la décoration intérieure. Et pourquoi pas le intérior design adapté au vieillissement, après tout ? La décoration et l’aménagement de ces logements qui seront ceux où l’on choisira de mourir ?
J’en arrive à mes beaux-parents. Oui, ils ramènent Carolyn, ma belle-mère addict et tellement diminuée, chez elle. Contre l’avis de tout le monde (enfants et corps médical) – c’est leur instinct qui parle. A l’heure où je vous écris, on ne sait même pas s’ils ont pu quitter l’Ehpad et retourner chez eux en voiture (on a 9 heures de décalage horaire). Ils font un choix désespéré, celui de revenir en arrière. Ils ne veulent pas de l’avant.
Ils veulent être chez eux. Dans cette maison à la fois somptueuse et décrépie – totalement inadaptée à ce qu’ils sont devenus. Est-ce une stratégie suicidaire ? Ils sont désormais l’ombre d’eux-mêmes. Ils n’ont pas su prévoir, planifier, espérer, leur vieillesse. C’étaient des spécialistes de la petite-enfance, l’antithèse de ce qui leur arrive aujourd’hui. Ils sont absolument seuls. Ils ne veulent rien entendre – ils ne veulent que choisir. Ils y voient la liberté, nous y voyons un piège.
Comme je regrette de ne pas les avoir convaincus de transformer leur habitat. C’était faisable, mais ils n’y ont pas cru. Mais vous, vous ne ferez pas ça ! Vous ne vous mettrez pas dans des situations infernales, qui tortureront vos enfants, et votre partenaire, car vous n’aurez pas su anticiper ! Vous choisirez un habitat qui s’adaptera à votre corps, et vous y serez (mourrez ?) tranquille. Promettez-le-moi.
Véronique

La lettre du dimanche
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