Lettre du dimanche · 22 janvier 2023
Faute d’ortographes… et plus
Heureusement que je vous ai, chères (re)lectrices de cette newsletter et de mon blog. Merci, merci, merci à celles qui ont l’œil aguerri et qui prennent le temps de me reprendre sur mes nombreuses fôtes d’orthographes.
Je suis un peu honteuse, moi qui vous bombarde de mes coquilles chaque dimanche matin au saut du lit. J’apprécie votre indulgence, tout autant que votre désir de me remettre sur le droit chemin orthographique et grammatical. Je cumule les faute (et plus) en ce moment, j’ai besoin de retourner à l’école.
De fait, je suis allée dans un genre d’école la semaine dernière : Pôle emploi m’a offert un formidable « bilan d’image professionnelle » J’avais bien vu en décembre lors de mon inscription que ces scrupuleux fonctionnaires ne savaient pas quoi faire d’une bavarde-rêveuse dans mon genre, fraichement de retour d’une longue expatriation. Alors quand ils m’ont proposé de suivre cette session – en désespoir de cause probablement – j’ai sauté à pieds joints sur l’occasion. Et j’ai bien fait.
Je vous ai souvent dit combien la surprise contribuait au bonheur, au moins au mien, et là je suis encore tombée dans le mille. En l’occurrence, sur un groupe de six personnes toutes dégoutées du boulot, outrées par l’injustice salariale, mais prêtes à tout (y compris à écouter des psys et à se faire tirer de drôles de cartes) pour sortir de la tourmente existentielle du chômeur de longue durée. Je détonnais (comme d’habitude) en voulant travailler encore une ou deux décades, à ma façon, fougueusement et sans rougir.
Notez que je nous ai dignement représentées, nous les femmes qui auront souvent des retraites de misère, mais qui n’allons pas nous laisser siphonner par la spirale dégringolante de l’âgisme et du renoncement. Ça nous a valu des discussions homériques. Quelle montagne d’expériences avions nous, bout-à-bout, tous les six ! Remuer des ruptures professionnelles douloureuses. Des mois d’entretiens sans résultat. Des augmentations promises et non tenues. Des chefs vicieux, des collègues passifs, des plannings épuisants, des procédures débiles (ahhhhhh, les procédures idiotes et inadaptées, qu’est-ce qu’on s’est épanchés dessus).
L’amertume d’avoir échouer ici… et le courage d’avoir réussi là. Oui, on a aussi parlé de succès. Et même de fierté. La fierté de bien faire, d’être utile, de contribuer à une œuvre globale, de participer à l’intelligence collective. Celle de maitriser une compétence pointue. D’agir dans l’urgence, au quart de tour. De faire son devoir, même sans être vue, en particulier pendant la crise du Covid.
Quand j’y repense, je réalise combien le travail est important dans notre vie, pour notre estime, pour notre bien-être. Même sans ambition aucune, par pure routine, ou juste pour attendre la date historique de notre retraire.
Travailler, c’est s’exprimer pour le bien de la société – avec ou sans salaire.
Imaginez un monde sans travail… un monde sans défi, sans construction. Quel ennui. Quelle petitesse. Quel tournage en rond. Au fond, ça n’est pas le travail qui nous gêne. C’est son organisation. Cette façon de le présenter comme une obligation, une contrainte. Cette volonté de rester dans l’ombre (quels enfants connaissent vraiment le contenu des journées de leurs parents ?). Ces luttes de pouvoir sournoises, cette compétition ridicule, ces horaires qui ne nous conviennent pas, ces bureaux peu chaleureux, cette communication artificielle. Cette sensation de se trouver ballotée au gré des courants du business et des modes managériales. Et cette pression rampante, dont on ne connait ni l’origine ni la finalité, et qui n’apporte rien à personne.
Quel boulot il nous reste à faire concernant l’encadrement, l’animation, l’échange, l’implication, le sens de notre mission professionnelle ! De quelle liberté on a besoin pour mieux travailler, plutôt que d’être surveillés par les machines, des chartes sans âme et de la paperasserie en tout genre !
A nous les quinquas de nous emparer du sujet. Qu’avons-nous à perdre ? Redonnons du sens à nos activités professionnelles et de la joie à nos collègues. Ne nous laissons pas anéantir par un système global peu épanouissant. Soyons heureuses au boulot et en bonne compagnie, step by step. C’est le message que j’ai tenté de faire passer à ce désenchanté mais formidable groupe de six.
Et miracle, je recommence lundi. Pôle Emploi m’offre une deuxième semaine, avec d’autres psys et d’autres cartes mais les mêmes six (on doit drôlement être décalés, pour qu’ils se ruinent pour nous). J’ai trop hâte ! Et je me demande ce que je vais en sortir…
Véronique

La lettre du dimanche
On continue dimanche ?
Chaque dimanche matin, je vous écris sur nos vies après 50 ans. Sur ce qui m’arrive personnellement... sur ce qui nous arrive collectivement.
D’une lectrice à l’autre
Vous pensez à quelqu’un ?
Faites-lui plaisir et faites-lui découvrir Les Nouvelles Femmes !