Lettre du dimanche · 11 décembre 2022
Je mange tu manges elles mangent
Décembre, le mois de tous les dangers. Comprendre dangers culinaires. Envie de sucreries, d’apéritifs, de platées de risotto aux truffes. Il fait nuit en plein après-midi, et notre estomac crie famine dès les derniers rayons passés derrière l’horizon. C’est une calamité.
On se croit à l’heure du diner alors qu’il n’est que 16h23. Alors on se fait de mega-gouters, puis de somptueux diners. Il faut bien meubler les longues soirées d’hiver, oublier la sinistrose aggravée de notre moral.
Je vous en parle souvent : je suis toujours épatée par l’effet des saisons et d’autres cycles naturels sur mon corps (oui, je suis du genre à ne pas fermer l’œil les nuits de pleine lune). C’est peut-être parce que j’ai grandi à la campagne, sous les étoiles et dans le vent ? En tous les cas la météo, la saison, les grandes marées et les anticyclones me touchent et m’affectent comme si j’étais un animal. Et c’est normal. Enfin je crois. On est bien des êtres vivants, et nous les femmes on l’est doublement – on est la vie, on donne la vie.
On est de formidables créatures super-vivantes… et on a la nature dans la peau ! Au printemps, on sent la sève qui monte dans chacun de nos membres. C’est une sorte de frénésie physique. On ouvre grand ses fenêtres, on délaisse nos habits sombres et on s’habille comme des fleurs, en rose, en orange, en vert. Et on profite des ponts de mai pour nous balader à travers le pays – le travail, la guerre et la religion se mettent à la fête, pour nous faire sortir de chez nous. On est au régime, bien évidemment – mais pas question de rater un apéritif en terrasse ni les premiers barbecues.
L’été nous apporte la volupté corporelle : on s’expose, on s’étire, on gobe toute cette lumière bienfaisante par tous les pores de notre épiderme. Prudence, une nouvelle saison va finir par s’imposer en juillet-aout : la canicule. Sous la chaleur accablante, l’épuisement et l’énervement finissent par déborder, les rixes et les meurtres augmentent drastiquement, c’est prouvé (et pour compenser cette tension interne, on a tendance à manger davantage et à se venger sur le rosé bien frais – c’est prouvé aussi).
En automne l’air pur nous ravigote un temps (oui, on marche nettement plus quand les feuilles tombent, c’est prouvé là-encore). Ultimes promenades en forêt… avant la déprime décembrale. Les fêtes de fin d’année viennent pile poil. Champagne ! Il n’y a plus qu’à se laisser à aller à la gloutonnerie, on culpabilisera plus tard. Le chocolat a la couleur de la nuit, dévorons-le, dans l’espoir de la faire disparaitre.
Et ça marche ! Dès les premiers jours de janvier, on en a tant avalé qu’on a produit 3 minutes de clarté en plus. Il n’y a rien de tel pour nous booster. D’accord, on va vraiment rentrer dans l’hiver, le froid ou la pluie, peut-être la neige… mais miracle, les journées s’allongent, oui oui. Réjouissons-nous ! A nous les galettes de rois, le mousseux des vœux et les fondues/raclettes d’après-ski.
Bon, on va faire attention, promis juré. Mais laissez-nous encore un peu de répit avant la diète, ça nous fait tellement plaisir de MANGER. C’est ici le dossier « Alimentation et régimes » pour tout savoir sur la nourriture des quinquas, les conséquences alimentaires de la ménopause… et ces régimes barbants mais tellement adorés… qu’on les recommence inlassablement… Mais j’y pense, il est l’heure. Sortez les assiettes, posez la nappe ; asseyez-vous, je vous en prie.
A Table tout le monde ! Et bon appétit.
Véronique

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