Lettre du dimanche · 10 juillet 2022
Cerveau reptilien (et oui !)
Parlons de nos « bons vieux réflexes ». Les automatismes de nos vies, ou plutôt de nos corps. Car les changements opérés sur mes parents, liés à la vieillesse, m’interrogent sur les miens. Par exemple, je me réveille quelques secondes avant que le réveil ne sonne. Même si la nuit a
été courte. Cela m’épate, à chaque fois – serais-je plus maligne que je ne le pensais ? Ou plutôt, est-ce que j’ai un problème, docteur ? Cette mystérieuse horloge interne, qui dirige les horaires de mon corps. Mon sommeil, ma digestion. Donc mon humeur.
Mon cerveau, mon ventre, mon cœur sont en avance ou en retard (ou totalement inadéquats) selon les circonstances, c’est horripilant. Décalage horaire (décalage-horreur), insomnies, faim de loup, épuisement soudain, décrochage instantané. Comme j’aimerais jouer de tout cela avec souplesse, gaité et insouciance.
Je suis un vrai baromètre, vous le savez déjà : je sens l’orage avant qu’il ne gronde, le soleil avant qu’il ne se lève, la neige avant que le moindre flocon ne descende du ciel. C’est mon cerveau reptilien, à ce qu’il parait. J’ai ça, moi ? « Le cerveau humain est le résultat de périodes de céphalisation successive », peut-on lire dans l’article. La création de la tête, la distinction des organes, leur spécialisation progressive dans le fonctionnement du corps… tout ça organise ma vie.
Bon sang, je suis une partie de l’Évolution en plein fonctionnement ! Et voir mes parents vieillir, c’est observer leur cerveau reptilien dérailler. Ou reprendre une place prépondérante dans leur quotidien, comme pour les bébés qui tentent par tous les moyens de trouver un rythme jour/nuit, de ne pas être soumis exclusivement aux appels de la faim et de la digestion…
Ces 56 dernières années, j’ai inlassablement tenté de mettre mon corps sous cape pour me consacrer aux joies intellectuelles et familiales, aux devoirs administratifs et financiers, aux missions professionnelles, sociales, amicales, éducatives. Mais jamais je n’ai su vraiment réguler, modérer, entretenir, dompter, régimenter, toutes mes pulsions et tous mes instincts. Quasiment aucun, quand j’y pense. Mais je ne désespère pas. C’est à force de préserver que l’on obtient un résultat.
Peut-être qu’à l’aube de mes 94 ans, je saurai m’endormir pile à l’heure où ça m’arrange.
Et vous, au cours de la vaste étendue de votre existence sur terre, avez-vous réussi à comprendre le fonctionnement de votre corps de femme ?
Véronique

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