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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 22 mai 2022

Alcools

Plus je vieillis et plus j’ai du mal avec les débordements alcooliques. Pas les miens (je suis une consommatrice modérée, le vin me détend un moment mais très vite il m’épuise et me rend nerveuse – et en plus il me donne mal à la tête), mais ceux des autres. En particulier de « l’autre ». Le conjoint. Le fils ou la fille. La belle-mère. L’ami.  Quelqu’un de proche en qui en a confiance… jusqu’à temps qu’il/elle boive trop.

Lorsque je parle des relations conjugales avec vous, souvent revient la complainte de l’alcool. Les soirées qui commencent bien et se terminent mal. La dépendance, qui s’est ancrée dans le quotidien au fil des ans. Le coût de l’alcool, financier, affectif. Cette sourde déconsidération qui nous envahit lorsque l’on voit qu’une personne respectée, jeune ou vieille, ne maitrise plus son vocabulaire, quand son visage se décompose, quand elle a l’air soudainement flétrie, dominée par ces effluves pernicieuses qui envahissent son cerveau, ses gestes. Tout son être.

L’alcool éloigne irrésistiblement celui qui le boit, on a l’impression qu’il est attiré par un autre continent, qu’il dérive vers le large. Les diners, les fêtes, les soirées, les restaus, les apéros. Arrosés, bien sûr. Mais aussi, mais surtout, la (les) bouteilles de bière en rentrant du boulot, pour se détendre. Puis le vin à table – on est en France. Puis encore quelque chose pour dormir. Oui, mieux vaut du raisin fermenté que des somnifères, pas vrai ?

Quand commence l’addiction ? Chaque jour ou quasiment. Mais commence faire pour se relaxer rapidement quand on a peu de temps devant soi ? Qu’il pleut dehors ? Qu’on est crevé ? Que la dernière chose dont on ait envie, c’est d’aller faire du sport ? D’ailleurs nous, est-ce qu’on n’est pas accro au Nutella, aux amandes caramélisées, aux gâteaux-faits-maison ? Est-ce que ça ne nous rend pas explosive ? Implosive ?  Lunatique ? Énervante ? … Décevante ?

Et pourtant. Pourtant on se laisse envahir, on adore se laisser mener par ces high and low successifs, ces flux émotionnels qui nous séparent du reste du monde quelques instants, ces mélodies joyeuses puis grinçantes qui s’agitent dans notre corps. On n’aime pas ça chez les autres, mais on cède à la tentation nous-même. Comme c’est dur de ne pas s’appuyer sur l’alcool pour se sentir mieux.

Soyons à la recherche de quelque chose qui fonctionne aussi bien… sans s’enivrer. Et sans soûler les autres.

Véronique

Illustration de la lettre « Alcools »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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