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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 5 avril 2026

Mon fils est là !

Il est arrivé au terminal 2 comme d'habitude. A chaque fois qu'il vient, nous nous transformons instantanément, mon mari et moi, en parents profondément heureux. Ses visites sont rares, il habite si loin. C'est une telle joie de le revoir et cette sensation nous transporte bien avant qu'il n'arrive et bien après qu'il ne parte.

En ces temps incertains où nous habitons ici et là sans avoir encore décidé où nous fixer, mon fils représente ma maison familiale à lui tout seul. L'effet des personnes aimées sur notre corps est incroyable. (Le contraire aussi, d'ailleurs : un ennemi, quelqu'un que l'on redoute, nous rend littéralement faible, sur la défensive, voire malade).

Plus précisément, il y a vraiment quelque chose d'extraordinaire dans les liens du sang, que l'on parle de nos enfants, de nos parents ou bien de nos frères et sœurs. Le patrimoine génétique que l'on partage agit sur nos relations avec eux.

Nos ressemblances ne sont pas que culturelles, elles ne sont pas que le fruit des habitudes. Elles sont inscrites dans chacune de nos cellules. Il est toujours fructueux d'observer attentivement les personnes de notre famille immédiate - nous apprenons beaucoup de nous-mêmes. Même, et peut-être surtout, si nous ne les aimons pas.

Le processus physiologique de la reproduction est passionnant. Au cours d'une de ces conférences sur les neurosciences auxquelles j'ai assisté récemment à Nice, un chercheur nous expliquait que la matière grise d'une femme enceinte diminuait de 5 à 15%, puis se reconstituait plus tard après la naissance. C'est la zone des récompenses extérieures qui s'atrophie : on devient beaucoup moins sensible à nos succès professionnels, par exemple.

L'instinct maternel que décrivent les chercheurs résulte d'un ensemble de transformations physiques et chimiques de tout notre corps, qui obligent à se concentrer sur son bébé en délaissant ce qui est moins important. Il est beaucoup, beaucoup plus qu'un simple conditionnement social.

Toutes les mues que nous vivons (menstruations, accouchements, ménopause...) constituent des étapes structurantes et fondamentales de la vie d'une femme. Elles nous définissent dans notre chair, elles renseignent la qualité de notre existence, plus que je ne saurais le dire. Et pourtant elles sont sous-estimées par rapport au fait d'obtenir des diplômes et de grimper l'échelle hiérarchique, ces buts nobles et supérieurs qui nous distinguent symboliquement de notre condition primaire, animale.

Je suis la première qui aime les diplômes et la carrière. J'ai eu, et je veux toujours avoir, de grands moments de fierté intellectuelle, de fièvre créative - et la curiosité ne me quitte jamais. Mais ce bonheur d'être mère agit sur d'autres parties de mon corps que mon seul cerveau. C'est une sorte de confort calme, de confiance viscérale et nécessaire, d'ancrage sûr et permanent dans la chaine humaine.

Un jour nous pourrons visualiser ces effets à l'intérieur de notre corps grâce des IRM super costauds. Et nous comprendrons mieux combien la maternité est une métamorphose dont nous devons toujours nous réjouir.

Véronique

Illustration de la lettre « Mon fils est là ! »
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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