Lettre du dimanche · 7 juillet 2024
C'est aujourd'hui !
Je discutais hier avec mon père - je suis retournée de nouveau chez mes parents dans le Poitou - et j'ai vu à quel point ces bouleversements politiques l'affectent. Il en a pourtant vécu des élections, à tour de bras. D'ailleurs une bonne façon de se remémorer sa vie, c'est de mettre bout à bout ces présidents et ces premiers ministres qui ont officié tandis que l'on grandissait.
Ma première expérience politique, c'est quand Pompidou est décédé. « Pompon pipi doudou est mort », chantions-nous à cœur joie dans la cour de récré. Miracle, l'école allait fermer une journée pour marquer le deuil national ! C'était en avril 1974, j'allais avoir 9 ans.
Tout cela me fait penser à une autre élection, à des années-lumière. Celle du Barack Obama en novembre 2008. J'habitais à Chicago, directement sur les bords du lac Michigan, et il avait organisé une célébration pas très loin, en centre-ville. C'était sa ville, ou plutôt celle de sa femme. Il faisait un temps estival, très inhabituel. Tout Chicago vibrait de bonheur. J'avais 43 ans.
Et puis, tenez pendant que j'y pense. Novembre 2016. Je vis à Berlin. On se lève super tôt pour suivre le déroulement des élections américaines, encore une fois. Les états annoncent les résultats, les uns après les autres. Hilary ravale ses larmes. Mélania aussi. Contre toute attente, Trump a gagné. J'ai 51 ans.
Qu'est-ce qu'on est sensible à ce qui se passe dans les news, officiellement, officieusement. Le printemps pourri, la dissolution macronienne, l'entêtement de Biden, est-ce qu'on va tenir le coup ? Cette élection législative d'aujourd'hui suggère que le pays est dans un état politiquement épouvantable... et donc mon père se sent lui-même au bord du gouffre. Notre storytelling national est devenu angoissant.
...Je regarde dehors, ce jardin qui se réveille, si paisible et si vert pour un mois de juillet. Il a drôlement plu, décidément, dans le Poitou. Je pense aux élections qui vont venir, une fois que celle-ci sera oubliée et que le noyer aura encore poussé contre la haie du voisin.
Patience et courage, mes amies, on franchira cette période trouble comme on a franchi les autres. Je vais tâcher de remonter le moral de mon père aujourd'hui. Même si sa campagne à lui a bien changé, depuis le temps où les villages grouillaient de familles nombreuses et que l'avenir ne pouvait être que meilleur. Quand la ruralité était vibrante et ses habitants pleins d'espoir.
Véronique

La lettre du dimanche
On continue dimanche ?
Chaque dimanche matin, je vous écris sur nos vies après 50 ans. Sur ce qui m’arrive personnellement... sur ce qui nous arrive collectivement.
D’une lectrice à l’autre
Vous pensez à quelqu’un ?
Faites-lui plaisir et faites-lui découvrir Les Nouvelles Femmes !