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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 26 novembre 2023

De la feuille à l’écran au virtuel

L’actualité est toujours intéressante. En plus des guerres sordides, vous n’avez pas pu louper le limogeage puis la réintégration du patron d’OpenAI, star de l’intelligence artificielle et créateur de ChatGTP. Mais pourquoi a-t-on fait tout un plat du contrat de travail de ce gars-là ?

Pourquoi est-ce que ses péripéties professionnelles ont largement débordé des frontières californiennes pour s’installer sur nos smartphones, bien en vue dès notre de notre lever et jusqu’à l’heure de notre coucher ? Qu’est-il venu faire dans nos chambres, à la table de nos petits-déjeuners, dans nos bus et même au restaurant ??? C’est un peu comme si notre avenir était suspendu à ses gestes et à ses paroles. C’est notre oracle moderne, Sam Altam, pas moins. Il a inventé la roue du XXIème siècle, le super outil qui va transformer notre civilisation.

Avant, on n’avait que l’intelligence « naturelle », c’est à dire l’intelligence humaine, de vous et moi, et ça n’était pas terrible – pas suffisant en tous cas pour éviter les carnages au Moyen Orient.

L’intelligence « artificielle », c’est beaucoup mieux. Ça encaisse tout, ça n’oublie rien, ça En fait ça mijote tout seul – c’est un gigantesque Thermomix, l’intelligence artificielle ! Il suffit juste de lui donner les bons ingrédients. Et c’est là qu’on commence à se fâcher. Entre Américains et Chinois et Européens et Africains, on n’a pas la même idée de ce qu’ils sont, les bons ingrédients. Et on n’a pas non plus la même opinion sur la recette – ni sur la dégustation d’ailleurs.

Bref, certains ont carrément peur de s’empoisonner, avec l’intelligence artificielle. D’autres pensent que tout se digère. Car au fond, bien cuisiné, tout est comestible – et qu’au final, les super consommateurs que nous sommes finiront bien par déterminer ce qu’ils aiment ou pas (même si ça n’est pas « acceptable » pour les autres). Telle est l’histoire de nos passions médiatiques.

On a aimé les récits épiques murmurés au coin du feu… puis les polars en format poche ou les romans à l’eau de rose… puis les vidéos de chat ou les filles botoxées instagrammables…

On va désormais adorer les divertissements, les opinions et les séductions générés par IA. Souvenez-vous : nous avons eu déjà très peur du téléphone, puis de la radio, puis de la télé, puis de l’ordinateur, puis d’Internet. Nous allons de façon certaine être terrorisées par l’IA. Mais nous allons tout aussi certainement nous plonger dedans, comme dans nos séries Netflix.

Quelle joie de se laisser manipuler ! Oui, on s’y fera très vite, à ces bouleversements civilisationnels artificiels. Ça sera beaucoup plus dur de s’adapter aux bouleversement civilisationnels naturels : le changement climatique, les migrations intercontinentales, le vieillissement de la population… et les guerres qu’ils vont générer, naturellement s’entend.

Véronique

Dans un tramway, une femme tenant un journal observe un écran transparent suspendu parmi les usages numériques.
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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