Lettre du dimanche · 29 mai 2022
Les petites routes
Pour venir de Nice à Vouillé (chez mes parents, dans la Vienne), je n’ai pris que des petites routes, en traversant la France de part en part sur une ligne la plus droite possible. Les minuscules chemins de traverse, ceux où il faut faire taire le GPS pour rejoindre une boulangerie ou un café. La ligne droite était toute en courbes folles, incessantes. Parsemée de vues grandioses, de fermes isolées, abandonnées, de hameaux prospères. Je n’ai pas croisé une seule voiture pendant des heures, alors que c’était un weekend noir, selon la sécurité routière.
Le soleil ne m’a jamais quitté.
Je n’ai vu que de la montagne, des pics, des vallons, de la roche de toutes les couleurs, des prairies, des prairies et encore des prairies, traversées par le vent et couvertes de fleurs, des torrents dans leur lit immense presque vide – puis des rivières tranquilles. Les collines se sont aplanies lorsque je suis entrée dans la Vienne – et les arbres sont quasiment disparus. On s’est arrêté deux fois pour dormir, au lieu d’une seule habituellement. Ça nous a couté plus de temps, mais beaucoup moins d’essence, et pas un seul centime d’autoroute. Ce parcours de Nice à Vouillé, c’est un peu le parcours de ma vie. A l’envers. J’ai grandi près de Vouillé, j’habite à Nice depuis quelques mois, et entre temps j’ai parcouru le monde. Tranquillement.
En suivant les minuscules routes de campagne, les sentiers de l’aventure, hors du repère des villes et des villages (même si j’ai habité dans des mégapoles). En avançant lentement mais surement, à ma façon à moi : avec assiduité et confiance, mais lentement.
Souvent sans repères. Je suis revenue ici chez mes parents pour récupérer mon fils. Il est lui aussi de passage, on va fêter ses 20 ans – avant qu’il ne reparte ailleurs, au loin. On va parler du parcours de sa vie, à lui. De son allégorie personnelle. Quel rythme préfère-t-il ? Quel(s) paysage(s) ? Quels villages veut-il visiter ? Quelles côtes veut-il voir et quels cols peut-il grimper ? Quelle solitude peut-il endurer ? Quel bonheur veut-il voir défiler sous ses yeux pour les 20 ans à venir ? Quelle énergie est-il prêt à y consacrer ? Et voilà, mes amies de plume, je vous invite à répondre à ces questions vous-même. Contemplez le chemin de votre vie, et dessinez-le-moi.
Véronique

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