Lettre du dimanche · 20 novembre 2021
Dompter la frustration, facile à dire !
Ce qui est horripilant dans la frustration, c’est qu’on n’a pas de remède. Pourtant, je sais très bien comment booster mon moral (soleil, marche à pied et conversation, pas forcément ensemble). Je peux même dire que je maitrise assez bien le procédé. Un rayon entre deux nuages et mon sourire revient ; trois ou quatre kilomètres d’un bon pas et je m’envole ; une amie avec qui papoter et j’oublie tout.
Par contre la frustration me paralyse. Je suis imbuvable. Je VEUX être imbuvable. Je n’ai pas trouvé d’autres solutions : je boude de tout mon corps et de toute mon âme. Mais dans quelles circonstances exactement ? Qu’est-ce qui déclenche chez moi cette détestation éperdue de la situation présente ? C’est l’attente d’une réponse. Je hais ces instants, ces heures, ces jours, où il faut mettre sa vie en parenthèse (c’est comme ça que je le prends) et attendre qu’un tiers me donne un accord. Ou un refus. Ça n’est pas la réponse qui me gêne.
Je supporte le « oui », je supporte aussi le « non ». Mais je déteste le « je ne sais pas ». Et surtout je déteste le « ». Le vide. Ce non-moment, où l’on ne sait rien, où l’on ne sait pas combien de temps ça va durer, où la réponse tant attendue ne vient pas. Le néant informatif. Cela me bloque. Cela m’exaspère. Quelle cruauté ! Ça va vous faire tiquer, mais je supporte mieux la douleur que l’attente. L’attente d’une réponse, c’est la non-existence absolue. L’absence d’avenir. La fin des projets. Pas d’issue. Bloquée. Dans l’attente, il y a de la crainte et il y a de l’espoir. Je n’arrive pas à prendre de la distance avec ce chaud-froid épuisant.
Regardons la bête en face : Quelqu’un d’autre a potentiellement le pouvoir de décider de mon sort. Mais je ne suis pas assez importante à ses yeux pour qu’il active ce pouvoir. Donc je suis condamnée à piétiner dans mon espace mental… alors que je voudrais tellement avancer sur la terre ferme, et continuer à bondir en chantant. Mais enfin, décidez-vous ! Laissez-moi vivre !!
Bon, vous écrire me soulage. Je n’avais jamais vraiment réalisé à quel point je détestais attendre. Changer de direction ne me gêne pas, je suis même très rapide quand il s’agit de monter un plan B ou un plan C en toute urgence. Je vous fabrique des stratégies multiples et variées par douzaines, et avec plaisir. Mais attendre la réponse pour le plan A, ça me décompose. « Le temps nécessaire » pour fournir une réponse, c’est toujours trop, pour moi.
Je suis bien meilleure dans l’action que dans la contemplation. Je vous raconte ça parce que j’ai passé la semaine à Nice (toujours aussi belle) à visiter avec ferveur des appartements divers… et à recevoir des réponses évasives, alambiquées, vagues. Prudentes. Ou inexistantes. Prendre son mal en patience, vous avez dit ? Je décrypte cette expression dans tous les sens, et je ne comprends toujours pas ce que je suis supposée faire. Je suis preneuse de tous vos conseils.
Et vous, qu’est-ce qui vous frustre vraiment, précisément, exactement ? Écrivez-le, décrivez-le. Dites-le-moi si ça vous aide. Ça vous fera drôlement du bien. Si si, je vous assure.
Véronique

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